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LE PEN ET LA CULTURE

"Quand j'entends le mot Culture, je sors mon révolver". Cette fameuse déclaration de Goebbels, ministre de la Propagande et de l'Information d'Hitler à partir de 1933, en dit long sur l'importance de la Culture dans le combat antifasciste. Plus de cinquante ans ont passé, et l'idéologie fasciste n'a pas changé sur ce point, puisque Le Pen a promis à plusieurs reprises de supprimer purement et simplement le Ministère de la Culture, s'il arrivait un jour au pouvoir. Le 30 Mars 97 à Strasbourg, lors de son discours de clôture du Congrès du Front National, il a encore enfoncé le clou en s'en prenant, entre autres, aux "rappeurs crasseux, aux intermittents du spectacle, et aux scientifiques bidon"...Voila qui avait au moins le mérite d'être clair... Qu'en est-il de la politique culturelle des élus du F.N. ? A Toulon, par exemple, la municipalité a détruit une sculpture jugée trop moderne et supprimé la subvention de l'Orchestre Régional parce qu'il avait à son programme des compositeurs sulfureux (Ravel et Debussy !!..). A Orange, le F.N. a retiré de la Bibliothèque Municipale les contes africains et s'est attaqué au Centre Culturel Mosaïques, et aux Chorégies. Comme le dit l'éthologue Boris Cyrulnik, on peut établir clairement qu'un état devient totalitaire quand il commence à s'en prendre aux artistes, aux scientifiques, et aux journalistes... On a pu le vérifier dans les pays communistes, les dictatures d'Amérique Latine, chez les Ayatollahs d'Iran, en ex-Yougoslavie, sans oublier l'Algérie d'aujourd'hui etc... Pourquoi la Culture et les artistes font-ils tellement peur aux fascistes du monde entier ? Voila la question qu'il faut se poser...je pense qu'il y a plusieurs raisons ... La 1ère qui me vient à l'esprit est en forme d'image... L'image de cet orchestre de la Radio Bosniaque, qui, en plein siège de Sarajevo, restait le seul lieu en ville où Serbes, Croates et Bosniaques continuaient à vivre ensemble, surmontant désespoir et faiblesse physique par la pratique commune de la musique... La 2ème réponse, c'est que la Culture et l'Art constituent un lien très fort entre passé et futur... l'Art c'est la mémoire future des peuples... Prenons par exemple "Guernica" de Picasso. Non seulement cette toile extraordinaire a fait plus que de longs discours pour graver à tout jamais dans la mémoire universelle la tragédie de la guerre civile espagnole, mais en plus, c'est comme si la vision transfigurée de l'artiste nous mettait constamment en garde contre le retour possible de tels évènements. Bien sûr, toutes les oeuvres d'art n'ont pas la force de "Guernica", mais les petits contes africains retirés de la Bibliothèque d'Orange sont tout aussi dangereux pour le F.N., qui en nous faisant découvrir et partager leurs légendes, nous rapprochent de ces peuples d'Afrique...On n'a peur que de ce que l'on ne connait pas. La 3ème réponse à cette question est la suivante: l'Art est par essence "subversif"... Pourquoi subversif ? Parce qu'il est là pour "provoquer" (au sens positif) des réactions, des questionnements, ... Comme disait Brecht "L'Art n'est pas fait pour rassembler mais diviser"... Cette phrase qui peut paraitre négative est en fait extrêmement "positive". En effet, c'est uniquement par l'échange, la discussion, la "division"que peut naitre la tolérance, le progrès et la démocratie... toutes valeurs contraires à celles du Front National.

-- Guigou Chenevier (1997, pour Ras L'Front)

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